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9. SEPT. 2006, "24 heures", Gilbert Salem

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PORTRAIT Par Gilbert Salem, écrivain et journaliste

Lausannoise vivant à Aubonne, cette jeune et rayonnante violoniste virtuose croit aux audaces musicales. Elle sort des disques. Elle compose en secret.
Sa passion pour le violon l’a saisie quand elle avait deux ans, c’était en 1983. Bébé, elle suivait déjà son père à la trace. Il était journaliste et animateur d’émissions religieuses à la radio et à la télévision, et c’est dans un studio de La Sallaz que Rachel Kolly d’Alba perçut pour la première fois l’objet de sa destinée, par lequel elle devait accéder à la virtuosité en 1998. Aujourd’hui, à 25 ans, elle signe un deuxième CD consacré aux grands classiques français du XXe siècle (Debussy, Fauré, Ravel entre autres), où son archet se fait accompagner par le piano d’Atena Carte. Depuis 2005, elle fait partie de l’ensemble des musiciens privilégiés qui sont invités «en résidence» au nouveau centre Paul Klee, à Berne: six concerts par an, approche d’interprètes prestigieux tel le pianiste autrichien Alfred Brendel, environnement propice à l’inspiration, projets à l’étranger…

Mais je reviens à sa petite enfance lausannoise: «J’ai ainsi vite opté pour le violon, dit Rachel Kolly d’Alba. Mes sœurs aînées, elles, jouaient du piano et de la flûte. Ma mère avait été musicologue, aimait beaucoup Paganini et comprit ma passion. Mon initiation à l’instrument commença à mes cinq ans, trois ans après je fis du piano auprès d’Alexandra Cserveny, de l’Ecole sociale de musique de Lausanne. A dix, j’entrai au Conservatoire. Je rends hommage à mes parents qui ont fini par comprendre que je voulais vouer mes meilleures forces à la musique, au détriment peut-être d’autres études.»Ce sauf-conduit parental délivré, la jeune Rachel peut faire feu des quatre fers, telle une cavale, une fière licorne: diplôme de violon à 15 ans, périple initiatique à travers la Suisse et l’Europe auprès de grands éclairés – Igor Ozim, de Berne, Franco Gulli, à Bloomington, Thomas Brandis, à Berlin, Boris Kushnir, à Vienne. Elle se sensibilise vite aux inventions de la musique contemporaine, fréquentant entre autres les mentors du Quatuor Alban Berg. Elle revient au pays natal; y étudie la composition musicale sous la surveillance barbue et sourcilière du charismatique Jean Ballissat, se frotte aux techniques structuralistes du Genevois Michaël Jarrell (homologuées par l’IRCAM de Boulez, à Paris).
- Donc vous composez aussi, Rachel Kolly-d’Alba?
- Oui, écrire des airs que je pourrais jouer moi-même a été un rêve d’enfance. Il m’arrive d’en jouer maintenant en public, mais on ne sait pas qu’ils sont de moi. C’est signé d’un pseudonyme, par respect pour mes auditeurs: une confusion serait prématurée.
- Pourquoi une violoniste classique comme vous s’intéresse-t-elle aux musiques contemporaines?
- La musique que j’aime est audacieuse, elle combat, convainc, fait rire, et s’intéresse aux partitions méconnues. A celles d’aujourd’hui, mais aussi à celles d’autrefois qui furent quelquefois signées par des femmes, comme Lily Boulanger dont une des créations figure dans mon dernier CD. J’aime le théâtre musical et ses émotions, ses inventions.Elle est vraiment radieuse Rachel Kolly d’Alba. Non seulement par les traits fins de son visage naturel (qui a été sculpté dans le meilleur gypse antique) mais par ses préoccupations intérieures. Par ces double-cordes, si difficiles à exécuter, mais si beaux, si intimes, et qui l’éclairent.

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