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- 25. FEB 2009, "24 heures", Matthieu Chenal

"SA CARRIERE INTERNATIONALE DECOLLE"

CLASSIQUE - La violoniste lausannoise raconte les motivations et les obstacles pour bâtir une carrière de soliste. Elle multiplie les projets, en Suisse romande comme à l’étranger.

Son nom s’inscrit depuis quelques années sur les affiches de concerts, accompagné d’éloges admiratifs: la violoniste lausannoise Rachel Kolly d ’ Alba est très présente sur la scène classique, multipliant les projets, en solo avec ou sans orchestre, en musique de chambre, en duos variés. Elle s’implique même énergiquement dans la création d’un festival à venir en avril, le Riviera Festival.

La jeune virtuose, qui sortait à 15 ans diplômée du Conservatoire de Lausanne, a continué à se perfectionner à Berne, à Berlin et à Vienne. Parallèlement à son aventure au sein de l’Ensemble contemporain du Musée Paul Klee de Berne entre 2005 et 2008, elle se lance un défi solistique inouï: jouer d’affilée les Six sonates pour violon seul, d’Eugène Ysaÿe. Elle défend partout ce programme ardu, dans des églises, en direct à la télévision, au Festival de la Cité, avec une conviction qui ne laisse personne indifférent. Pari réussi: le disque de cette performance sortira ce printemps. A 29 ans, Rachel Kolly d ’ Alba a enfin l’impression que sa carrière internationale décolle, destination les Etats-Unis en 2010, la Chine et l’Australie en 2011.

«Les concertos, mon truc»

Sur sa jeune carrière, la Montreusienne d’adoption s’exprime avec une franchise rare: «Comme j’avais de la facilité, on m’a toujours dit: «Les concertos, c’est ton truc. » Alors, quand on sort du Conservatoire avec un diplôme de soliste, on croit qu’on est soliste. Eh bien pas du tout! Entre 20 et 25 ans, ce sont des années importantes, où il faut «manger du répertoire», ce que j’ai fait à Berne chez Igor Ozim. » Tout cela ne suffit pas pour percer. Même les concours: «Si vous gagnez un prix, vous avez des engagements pendant une année, et après vous êtes remplacés par les suivants. »

Si la Suisse représente une certaine sécurité, grâce au soutien familial, ce n’est pas le lieu idéal pour se faire engager: «Comme il y a suffisamment d’argent pour la culture, analyseRachel Kolly d ’ Alba , les orchestres ont les moyens d’inviter des stars qui viennent de loin, plutôt que les jeunes talents locaux. » Or, ce sont justement les grands concertos romantiques et modernes qui attirent le plus la violoniste: «Je me sens à l’aise dès qu’il y a beaucoup de puissance et d’énergie. J’ai aussi un amour inconditionnel pour les violonistes du début du XXe siècle, les Thibaut, Ferras, Neveu et Ysaÿe, bien sûr. Il y avait chez eux une élégance et une authenticité uniques. Ils ne trichent jamais et on reconnaît leur jeu à la première note. »

Aujourd’hui, le rôle de l’image est crucial. La violoniste se prête au jeu avec un certain chic. On se souvient de la pochette de son premier disque où elle posait en tenue de concert au milieu d’un salar (lac superficiel dont les sédiments sont essentiellement constitués par des sels) argentin! Elle regrette pourtant qu’une carrière puisse presque devenir possible avec des photos attractives et un conseiller en marketing. Là aussi, la démarche n’a pas été facile: «Je viens d’une famille catholique pour qui le talent devait suffire pour être reconnu. Or le monde musical a changé, et on utilise pour se vendre les mêmes chemins que les artistes de la pop. Dans mon cas, il m’a fallu du temps pour me battre avec ces armes-là. Mais je pense que si on a une vision artistique claire, on peut faire correspondre son style d’interprétation et la façon de se présenter.

2009 02 25 24H art

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