- 30. APR 2009, "La Liberté", Benjamin Ilschner
"AUCUN EFFORT N’EST DE TROP POUR DIFFUSER LA MUSIQUE CLASSIQUE"
CLASSIQUE - Sur la scène comme à la maison
La Tour-de-Trême ● L'Orchestre de chambre fribourgeois consacre son concert inaugural à Fauré, Saint-Saëns et Haydn. Rencontre avec sa soliste invitée, Rachel Kolly d'Alba.
Benjamin Ilschner
A quelques mesures du concert inaugural de l'Orchestre de chambre fribourgeois (OCF), dimanche à La Tour-de-Trême, Rachel Kolly d'Alba ne cache pas son impatience: elle portera à la scène le «3e Concerto pour violon» de Camille Saint-Saëns, fleuron de son répertoire de prédilection. Sous la direction de Laurent Gendre, la suite «Masques et Bergamasques» de Gabriel Fauré et la 104e Symphonie «Londres» de Joseph Haydn viendront encadrer l'acte de la soliste. Rencontre.
Fribourg tient enfin son orchestre de chambre. Que vous inspire sa création?
Rachel Kolly d'Alba: Cet orchestre manquait réellement au canton, notamment par rapport au nombre de chœurs qui animent sa vie musicale. Fribourg a besoin que de tels projets aboutissent pour rayonner! En voyant toute l'énergie dépensée, tant par les musiciens qu'au niveau politique, je me réjouis d'autant plus de notre rencontre sur une même scène. J'aime cet enthousiasme de construire quelque chose de nouveau pour une région, et suis heureuse d'être invitée à y contribuer avec un concerto de la fin du romantisme, qui me va comme une deuxième peau.
On retrouve cet enthousiasme dans vos propres initiatives pour votre ville d'adoption...
En effet, je cherche beaucoup à m'engager en faveur de projets culturels à Montreux, notamment dans la création du Riviera Festival, qui vient de boucler sa première édition dimanche dernier. Avec la même équipe, nous préparons une série de concerts à l'année pour remettre en valeur une salle magnifique du Montreux Palace. Aucun effort n'est de trop pour diffuser la musique classique!
Votre principal effort reste l'étude du violon...
Je n'ai pas été une enfant prodige qui maîtrisait une quantité de concertos à 15 ans. Mais j'ai toujours aimé apprendre. Alors j'ai travaillé, à ma façon: je m'épanouissais bien plus au conservatoire, en privé et avec des adultes que dans ma classe à l'école. J'ai appris à connaître mes limites avec humilité, à savoir où m'améliorer dans le jeu et la technique, à ne pas tromper le public.
Votre carrière de concertiste se joue aussi en terres étrangères, comment la vivez-vous?
Je suis bien installée ici avec ma famille, mais pour donner des concerts, j'apprécie aussi de partir, un peu à l'image d'un pèlerin. Plus que dans une ville ou un pays, c'est sur scène que je me sens à la maison. Je sais que je peux y trouver des forces qui font disparaître tout le stress. A côté des engagements solistiques de plus en plus nombreux, la musique de chambre m'apporte beaucoup: plus le temps passe, et plus je joue avec des amis proches.
Un thème vous tient actuellement particulièrement à cœur...
Je me suis lancée dans un projet discographique et documentaire autour d'Eugène Ysaÿe, grand violoniste belge. J'ai envie de le faire découvrir en présentant les «Six Sonates» pour violon seul qu'il a composées, mais aussi à travers ses autres œuvres ainsi que des pièces qui lui ont été dédiées par César Frank ou Guillaume Lekeu. Je m'y consacre sans compromis, écoute tous les enregistrements que je trouve, un peu de la même manière que j'avais décidé de lire l'intégrale de Balzac quand j'étais plus jeune...
Quelle est votre intention derrière une telle intégrale?
Je fonctionne volontiers par projets, ce qui me paraît important pour fidéliser mon public et mieux lui faire connaître mon domaine. Avant de jouer ces «Six sonates» par exemple, j'aime aussi parler des dédicataires respectifs pour offrir à l'auditeur une porte d'entrée dans ce monde. Il peut ainsi reconnaître davantage que la virtuosité immédiate et la bataille, mieux sentir la recherche harmonique.
Au fil de votre parcours, que retenez-vous de vos origines fribourgeoises?
Je suis restée très proche de ma famille, qui habite toujours à La Roche. Une famille «terrienne», qui m'a appris à vivre avec un bon sens des réalités et des valeurs saines. I
> Di 17 h La Tour-de-Trême

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